InternetPeut-on tout poster sur Weibo ?

13/06/2012 | Les Chinois sont devenus les rois du microblog, diffusant des informations souvent absentes dans les médias traditionnels. Jusqu’à l’excès, se demande l’intellectuel Leung Man-Tao.

  • Small
  • Big
Peut-on tout poster sur Weibo ?

On ne compte plus– et ce malgré la forte censure sur l’Internet chinois – les scandales, passés sous silence dans la presse officielle, qui ont éclaté au grand jour grâce à Weibo notamment (plus de 300 millions de comptes hébergés) - le Tweeter chinois.

Une tendance qui fait dire à Leung Man-Tao (梁文道) dans les colonnes de Caixin que « l’époque où chacun {en Chine} est journaliste est, semble-t-il, arrivée. » Pour ce célèbre essayiste hongkongais, chroniqueur sur la chaine Phoenix TV, c’est une très bonne nouvelle, car « même le plus indépendant, le plus libre des médias ne peut éviter les angles morts, alors que dire des médias traditionnels传统新闻媒体qui sont dominés par le gouvernement et le marché ? » Pour l’auteur le « journaliste citoyen » “公民记者” – utilisateur de sites comme Weibo – peut « élargir le champ de vision » et « dépasser les limites » du journalisme traditionnel. « C’est pourquoi, affirme t-il, j’attends le temps chaque personne aura la possibilité et le pouvoir de publier les faits dont il a été témoin. Nous pourrons ainsi être informés des informations, des faits différents de ceux relatés dans les médias. »

Cependant, pour Leung Man-Tao, une affaire récente qui a fait buzz sur le net chinois l’amène à s’interroger : peut-on tout publier sur Internet ? Il fait référence à l’affaire du jeune citoyen anglais qui a été filmé aggressant sexuellement une femme dans les rues de Pékin. La vidéo, prise par un passant, a été largement partagée sur Internet et a provoqué une forte vague d’hostilité contre les étrangers dans tout le pays. Ce qui étonne Leung, c’est la petite phrase prononcée après coup par ce « bon samaritain » pékinois : « Je pensais que c’était une simple scène de ménage, j’étais sorti pour filmer l’agitation 拍热闹 ».  

Leung s’interroge : « Filmer l’agitation ? Qu’entend-t-il par filmer l’agitation ? Ce monsieur avait-il vraiment l’intention de filmer avec son portable la scène d’un mari et d’une femme en train de se disputer ? Et après, aurait-il, comme le font de nombreux autres internautes aujourd’hui, posté la vidéo sur Internet ? Je serais très curieux de savoir s’il a pensé qu’il portait ainsi très certainement atteinte à la vie privée de ces personnes et blessait leur dignité. » Pour le chroniqueur : « Le domaine de l’information est devenu beaucoup plus vaste, au point parfois de violer la vie privée des gens ordinaires. »

L’auteur évoque des informations qui n’ont pas été publiées dans les medias traditionnels pour des raisons qu’il estime « éthiques » mais qui circulent librement sur Internet. Dans les cas extrêmes comme les crimes ou les violences sexuelles, cela peut même nuire aux victimes et à leurs proches, explique-t-il. « Maitriser ces outils {microblogs, etc.}, équivaut à détenir le pouvoir, à porter une arme, c’est pourquoi {les internautes} doivent avoir conscience de cette responsabilité, insiste-t-il en conclusion. [...] Aujourd’hui chaque personne est un fournisseur d’actualité, chacun est un acteur de l’information. Cette époque vient à peine de commencer, mais je crains qu’il y ait encore un long chemin à parcourir avant que {ces journalistes citoyens} ne maitrisent les normes éthiques et l’art de la mesure. »

Régulièrement l’internet chinois est toutefois soumis à des restrictions d’utilisation sévères. Fin mars, les deux principaux services de microblogs chinois, Weibo et Tencent QQ, suspendaient ainsi, indiquait Le Monde, « la possibilité pour les internautes de mettre en ligne des commentaires ».

NOS VIDEOS
Toutes les videos