Santé publique L'insécurité dans l'assiette

21/04/2012 | Alors que les scandales alimentaires se multiplient, les Chinois – consommateurs de plus en plus exigeants - réclament des autorités concernées un meilleur contrôle.

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L'insécurité dans l'assiette

Après le lait à la mélamine - qui avait défrayé la chronique en entraînant la mort de plusieurs bébés en 2009 -, le porc aux anabolisants ou les oeufs rebondissants au gossypol, la saga des scandales alimentaires continue en Chine. Ce sont cette fois des capsules médicamenteuses qui sont en cause, rapporte le Nandu Daily. Une enquête de la chaîne d'Etat CCTV a récemment révélé que certaines d'entre elles - utilisées pour des médicaments disponibles sur le marché - étaient produites à partir de cuir de chaussure recyclé. Or, ce cuir est préalablement traité avec des produits chimiques - traitement qui le rend particulièrement nocif, explique le Nandu Daily, qui précise que certaines capsules contiennent des taux de chrome jusqu'à 90 fois supérieur à la norme. « La partie du phénomène qui est dévoilée par les médias n'est qu'un petit coin de la montagne (la partie émergée de l'iceberg, ndlr), assure l'éditorialiste du Nandu Daily. Le gouvernement, qui dispose d’une capacité d’intervention plus forte que les médias, devrait prendre ses responsabilités et démarrer immédiatement une procédure d’enquête approfondie visant toutes les organisations du secteur agro-alimentaire. »

Les internautes semblent quant à eux excédés par cette succession de scandales. Sur Weibo (le Twitter chinois), si certains pointent du doigt la corruption ou expliquent, amers, que la seule solution restante est de quitter le pays, d'autres prennent le parti d'en rire. « Nous devrions changer notre attitude face à ces affaires, plaisante ainsi le bloggeur Li Chengpeng. Après tout, celui qui nous vend ces médicaments a sans doute mangé la veille des oeufs empoisonnés au gossypol. Et celui qui a produit ces oeufs a sûrement consommé avant-hier de l'huile frelatée. Quant au producteur d'huile, il a peut-être bu le matin même du lait à la mélamine, ce qui l'a obligé à se rendre à l'hôpital... Où il a consommé des médicaments au cuir de chaussures ! Par conséquent, personne n'est coupable; ne perdons pas notre temps à nous excuser les uns aux autres. »

Les différentes initiatives gouvernementales destinées à enrayer le phénomène n'ont donc pour l'instant pas suffit à satisfaire l'opinion. Pourtant, les autorités soulignent régulièrement leur volonté de résoudre ce qui est désormais un véritable problème de santé publique. « L'alimentation est essentielle et sa sécurité devrait être une priorité, déclarait par exemple en 2010 le vice premier ministre - et futur premier ministre - Li Keqiang lors d'une réunion du conseil d'Etat, selon l'agence Xinhua. La sécurité alimentaire est intimement liée à la vie des gens, à la santé, au développement économique et à l'harmonie ».

En 2009 - peu après le scandale du lait à la mélamine -, une nouvelle loi sur la question avait été adoptée par les législateurs. Cependant, comme le relevait à l'époque le Wall Street Journal, celle-ci ne contient « pas de normes précises, pas de budget, pas procédure pour obtenir l'application des régulations, et pas de façon claire de résoudre les différends ».

Cela n'a pourtant pas empêché les autorités d'obtenir des résultats. Comme le précisait le Global Times en mars, « depuis un an, la police à mis à jour plus de 5200 cas d'aliments frelatés, dont 156 concernant de la viande de porc aux anabolisants (24000 tonnes en tout) , 135 concernant de l'huile recyclée (60 000), et 170 concernant de la viande de porc avariée (6000 tonnes). »

Selon des chiffres du ministère de la santé, 8324 personnes sont tout de même tombées malades après avoir consommé de la nourriture frelatée. 137 en sont mortes, rapporte l'agence Xinhua.

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