Universités chinoisesLa chasse aux « sosies »

14/06/2012 | Payer un autre pour passer un examen à sa place... Une pratique à laquelle a recours de plus en plus de jeunes chinois, révèle le Nanfang Zhoumo. Reportage dans la province du Henan.

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La chasse aux « sosies »

Le jeune homme s’appelle Wang, étudiant à l’université du Henan à Zhengzhou. Son job en ces temps d’examens : « sosie » d’un « gaosan », élève de Terminale. En échange de plusieurs milliers de yuans, Wang a ainsi pris début juin la place d’un autre pour passer les tests d’entrée à la fac (gaokao), particulièrement sélectifs en Chine !… « J’ai conscience de faire quelque chose de malhonnête {déloyal} mais ma famille a besoin d’argent », explique-t-il aux journalistes Lei Lei et Xia Yuan du Nanfang Zhoumo. Il y a quelques mois, ses « employeurs » lui ont fait suivre une série de livres de cours qu’il a appris jusqu’à « tard le soir », explique l’hebdomadaire, pour être prêt le jour J. Dans le même temps, ces mêmes employeurs falsifiaient les documents d’identité de l’élève (pour que la photo corresponde à celle de Wang) et graissaient la patte de certains examinateurs, fonctionnaires et/ou surveillants en échange de leur silence…

Ici, les « sosies » ou « remplaçants » sont apparemment très demandés. Et pour cause : au Henan, les 850000 bacheliers qui chaque année tentent leur entrée dans une université locale, précisent les journalistes, ont seulement 30 % de chance d’intégrer l’une d’elles (et moins de 5% quand il s’agit d’un établissement de catégorie 1, les meilleurs). « Les élèves du Henan qui passent l’examen d’entrée aux universités locales sont davantage sous pression qu’ailleurs en Chine ; {la compétition est plus rude} », commente dans l’article Yang Zhilei, du département des admissions en université de la province.
Las, de plus en plus de parents font alors le choix de « sosies » – des étudiants comme Wang – capables de réussir l’examen à la place de leur progéniture. Ils sont recrutés directement dans les universités de cette province la plus peuplée de Chine (près de 100 millions d’habitants). Sur les campus, des annonces très explicites invitent les étudiants de deuxième année à saisir l’occasion pour se faire de l’argent. « Absolument sans risque. Contrat garantit {avec les parents du bachelier, ndlr}. Entre 10000 et 30000 yuans. Appeler le 1522600xxxx… », cite le Nanfang Zhoumo.

Sans risque, l’opération ne l’est pas tout à fait. Les journalistes expliquent en effet que les universités de Zhengzhou ont renforcé récemment les contrôles d’identité lors des examens et précise que tout « étudiant sosie » découvert est automatiquement exclu tandis que l’élève remplacé ne peut repasser l’épreuve l’année suivante. Malgré tout, la peur de ne pas réussir l’examen est plus forte, ce qui pousse certains parents à prendre le risque, expliquent Lei Lei et Xia Yuan. Le Nanfang Zhoumo décrit un système de corruption qui touche aussi bien les étudiants que le corps professoral ; élèves et professeurs qui « chassent » les sosies (à chaque personne recruté, ils touchent une commission, explique l’hebdomadaire). En moyenne, un remplacement coûte à la famille 100000 yuans ainsi répartis : 50000 yuans pour corrompre certaines personnes du département d’admission, 20000 pour les surveillants, le jour de l’examen, 20000 pour les agents recruteurs et enfin 10000 yuans pour le « sosie ». Et les auteurs de l’article de citer l’un de ces agents de la ville de Shangqiu (même province du Henan) qui désormais « exporte » des sosies dans d’autres provinces, dont récemment une douzaine dans le Shanxi voisin…

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