En Chine, Evian - en provenance directe des « Alpes françaises » - est une eau « noble », et c'est sa qualité qui en a fait « un succès important depuis 26 ans, à tel point que de nombreuses marques locales se battent pour l'imiter », écrit Peng Liguo, journaliste au Nanfang Zhoumo. Dans un article, intitulé « l'eau suspecte d'Evian », il revient sur les déboires de la marque en Chine.
Selon le Nanfang Zhoumo, 470 tonnes d'eau d'Evian ont en effet été refusées par l'Administration générale de supervision de la qualité ces six dernières années. Le dernier lot en date concernait 2,3 tonnes d'eau, recalées pour leur trop forte concentration en nitrite. Pourtant, « l'eau d'Evian est vendue dans plus de 140 pays et régions, comme l'a souligné la marque dans un communiqué daté du 3 juin, et nous n'avons jamais eu aucun problème de nitrites ».
Le problème, explique Peng Liguo - qui raconte longuement son enquête auprès des différents distributeurs -, pourrait en fait provenir de réseaux d'importation parallèles à ceux établis officiellement par Danone, le groupe propriétaire de la marque. « Pour beaucoup d'importateurs, faire venir l'eau via des réseaux parallèles permet d’obtenir des meilleurs prix », assure le journaliste. Selon lui, Danone n'arrive pas à obtenir de l'administration qu'elle lui fournisse les numéros de série des lots visés. « Le mystère reste entier », conclut le Nanfang Zhoumo.
En 2011, un problème similaire avait suscité de nombreux commentaire dans les médias français, qui avaient avancé une hypothèse plus politique. « La marque d’eau minérale Evian, semble être la cible du patriotisme chinois », expliquait alors le Figaro, alors que les Echos se demandaient en substance si certaines administrations ne tentaient pas de faire jouer la fibre patriotique pour mettre à mal l'hégémonie des produits étrangers sur certains segments de l'immense marché chinois. Même son de cloche pour Marianne, étonnée que « la Chine, qui croule sous les scandales alimentaires, {se soit} appuyée sur les résultats du principal organisme chinois de contrôle de la qualité qui semble pourtant totalement impuissant lorsqu'il s'agit des productions locales ! »
Il est vrai que les marques chinoises ne sont pas les plus sûres du monde. En 2007, le Courrier International reprenait un article du Jinghua Shibao consacré au problème des fausses bouteilles d'eau minérale contenant en fait de l'eau du robinet. Selon les estimations du directeur général des ventes pour la région pékinoise d’une « célèbre marque d’eau en bonbonne » interrogé par le quotidien, « la moitié, au minimum » de l'eau en bonbonne vendue à Pékin serait frelatée. Selon lui, le trafic dégagerait un chiffre d’affaires de 1 milliard de yuans [environ 110 millions d’euros] à raison d’un prix minimal de 10 yuans par bonbonne. Et de préciser qu' « il ne s’agit là que d’estimations très prudentes ».
En 2011, le China Daily faisait état d'un rapport non moins inquiétant de l'Administration de l'industrie et du commerce de Pékin. Selon ce document, 31 marques d'eau minérales n’avaient pas réussi à passer les tests de sécurité. Toutes dépassaient le taux limite de concentration de bactéries, et l'une d'entre elles (Liquan, précise le quotidien) était 9000 fois au dessus de cette limite. Une situation qui explique sans doute pourquoi, comme l'écrit le Nanfang Zhoumo, « [la marque Evian] connaît malgré tout une croissance à deux chiffres en Chine ».